États-Unis : visibiliser les personnes trans jusqu’à leur disparition ?
Arya Meroni
03 avril 2026
4 min.

Le 31 mars, journée internationale de visibilité trans, la Cour suprême des États-Unis a choisi d’ouvrir la voie à une remise en cause de l’interdiction des thérapies de conversion sur les mineur·es. Au même moment, au Kansas, des milliers de personnes trans voient leur existence légale effacée rétroactivement.
La Cour suprême des États-Unis vient de s’opposer à une loi du Colorado qui interdisait les thérapies de conversion sur les mineur·es. Ces « thérapies », qui concernent plusieurs centaines de milliers de personnes dans les États où elles sont légales, sont censées faire revenir les personnes LGBT+ dans le « droit chemin » – comprendre celui où les hommes et les femmes sont « mâles et femelles », complémentaires et hétérosexuels, s’aimant dans la grâce du Seigneur. Les fondamentalistes religieux qui pratiquent ces actes utilisent des méthodes de torture allant de l’isolement aux électrochocs, en passant par le mariage forcé et diverses mutilations.
Cette décision fait courir le risque d’une remise en question de lois similaires dans 23 États. Elle vient s’ajouter à la longue série de mesures destinées à rendre plus difficile, voire plus dangereuse, toute vie hors du placard. Dernier exemple en date, au Kansas, une loi a invalidé de façon rétroactive les changements de genre déjà inscrits sur les papiers d’identité de personnes trans. L’étau est désormais total : être trans, dans cet état du Midwest, doit se conjuguer au passé. Il y a quelques mois, des expert·es alertaient d’un risque de génocide des personnes trans. Au Kansas, il ne s’agit plus d’un risque, mais d’une réalité. Plus de 4 000 personnes se voient du jour au lendemain perdre leur existence légale, permis de conduire et droit de vote, être outé de force, risquer de perdre leur travail, leur logement, leurs proches, d’être persécuté par la police dès le simple contrôle d’identité, se faire agresser, menacer, tuer.
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En filigrane, ce qui est violemment remis en cause aux États-Unis, c’est la liberté de vivre, pour quiconque ne rentre pas dans le moule d’une Nation blanche, cis-hétérosexuelle. C’est d’ailleurs au nom de la liberté d’expression qu’a été rendu l’avis de la Cour suprême : celle de groupes évangélistes à refuser l’existence des personnes LGBT+. La liberté devient celle des dominants et des tyrans, plus rien n’est acquis. Tandis que les personnes trans ne sont plus libres d’exister dans de nombreux États, d’autres sont libres de torturer des personnes LGBT+.
Comme un symbole, l’avis rendu par la Cour suprême est tombé un 31 mars, journée de visibilité des personnes trans. Ce timing doit questionner. Cela fait des années qu’à cette date on rend visible « les marges », on célèbre « la différence », on loue les existences, « toutes légitimes », « toutes valides ». En fin de course, avec quel résultat ? Le camp des progressistes ne semble pas arriver à endiguer la vague réactionnaire, l’augmentation des violences, les lois LGBT+phobe, des mouvements de solidarités ou d'accueil de réfugié·es. Rendre visible ne protège pas, être visible n'octroie ni nouveau droit, ni conditions de vie dignes. En face, la visibilité ne semble pas non plus faire trembler les courants réactionnaires. Aucune enquête d’opinion sur l’ouverture d’esprit des jeunes générations ne modifie les agendas de l’extrême-droite. Au contraire, cela semble les galvaniser. Peut-être serait-il temps de modifier les pratiques de lutte : moins de journées de visibilité, plus de luttes quotidiennes, moins de validation de l’existence d’autrui, plus de solidarité concrète.
Le 31 mars, journée internationale de visibilité trans, la Cour suprême des États-Unis a choisi d’ouvrir la voie à une remise en cause de l’interdiction des thérapies de conversion sur les mineur·es. Au même moment, au Kansas, des milliers de personnes trans voient leur existence légale effacée rétroactivement.
La Cour suprême des États-Unis vient de s’opposer à une loi du Colorado qui interdisait les thérapies de conversion sur les mineur·es. Ces « thérapies », qui concernent plusieurs centaines de milliers de personnes dans les États où elles sont légales, sont censées faire revenir les personnes LGBT+ dans le « droit chemin » – comprendre celui où les hommes et les femmes sont « mâles et femelles », complémentaires et hétérosexuels, s’aimant dans la grâce du Seigneur. Les fondamentalistes religieux qui pratiquent ces actes utilisent des méthodes de torture allant de l’isolement aux électrochocs, en passant par le mariage forcé et diverses mutilations.
Cette décision fait courir le risque d’une remise en question de lois similaires dans 23 États. Elle vient s’ajouter à la longue série de mesures destinées à rendre plus difficile, voire plus dangereuse, toute vie hors du placard. Dernier exemple en date, au Kansas, une loi a invalidé de façon rétroactive les changements de genre déjà inscrits sur les papiers d’identité de personnes trans. L’étau est désormais total : être trans, dans cet état du Midwest, doit se conjuguer au passé. Il y a quelques mois, des expert·es alertaient d’un risque de génocide des personnes trans. Au Kansas, il ne s’agit plus d’un risque, mais d’une réalité. Plus de 4 000 personnes se voient du jour au lendemain perdre leur existence légale, permis de conduire et droit de vote, être outé de force, risquer de perdre leur travail, leur logement, leurs proches, d’être persécuté par la police dès le simple contrôle d’identité, se faire agresser, menacer, tuer.
En filigrane, ce qui est violemment remis en cause aux États-Unis, c’est la liberté de vivre, pour quiconque ne rentre pas dans le moule d’une Nation blanche, cis-hétérosexuelle. C’est d’ailleurs au nom de la liberté d’expression qu’a été rendu l’avis de la Cour suprême : celle de groupes évangélistes à refuser l’existence des personnes LGBT+. La liberté devient celle des dominants et des tyrans, plus rien n’est acquis. Tandis que les personnes trans ne sont plus libres d’exister dans de nombreux États, d’autres sont libres de torturer des personnes LGBT+.
Comme un symbole, l’avis rendu par la Cour suprême est tombé un 31 mars, journée de visibilité des personnes trans. Ce timing doit questionner. Cela fait des années qu’à cette date on rend visible « les marges », on célèbre « la différence », on loue les existences, « toutes légitimes », « toutes valides ». En fin de course, avec quel résultat ? Le camp des progressistes ne semble pas arriver à endiguer la vague réactionnaire, l’augmentation des violences, les lois LGBT+phobe, des mouvements de solidarités ou d'accueil de réfugié·es. Rendre visible ne protège pas, être visible n'octroie ni nouveau droit, ni conditions de vie dignes. En face, la visibilité ne semble pas non plus faire trembler les courants réactionnaires. Aucune enquête d’opinion sur l’ouverture d’esprit des jeunes générations ne modifie les agendas de l’extrême-droite. Au contraire, cela semble les galvaniser. Peut-être serait-il temps de modifier les pratiques de lutte : moins de journées de visibilité, plus de luttes quotidiennes, moins de validation de l’existence d’autrui, plus de solidarité concrète.
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