Brésil : le blackface transphobe de Fabiana Bolsonaro se retourne contre elle
Léane Alestra
25 mars 2026
4 min.

Au Brésil, une députée bolsonariste a cru pouvoir attaquer la nouvelle présidente de la commission des droits des femmes avec une blackface aux motivations transphobes. Mais la séquence pourrait bien coûter son poste à l’élue et infliger un revers cinglant à l’extrême droite.
Le 11 mars 2026, Erika Hilton, députée du PSOL — parti anticapitaliste situé à gauche du parti de Lula — a été élue à la présidence de la Commission de défense des droits de la femme de la Chambre des députés. Première députée noire et trans, engagée depuis des années contre le masculinisme, elle devient aussi la première femme trans à diriger cette commission. Dans son discours de prise de fonction, elle a donné le ton : sa présidence, a-t-elle dit, parlera de toutes les femmes : les mères solo, les travailleuses, les femmes noires, les femmes autochtones, bref de toutes celles qui luttent pour survivre et tenir debout.
Une nomination qui dérange
Or, le 18 mars, à l’Assemblée législative de São Paulo, Fabiana Bolsonaro a voulu répondre à cette percée par un numéro de brutalité politique. Députée du PL, sans lien de parenté avec la famille Bolsonaro mais bolsonariste au point d’avoir fait de ce nom une marque politique, elle se présente elle-même sur les réseaux comme « d’extrême droite », chrétienne et conservatrice. À la tribune, elle s’est peint le visage et les bras en foncé, en expliquant qu’elle allait mener une « expérience sociale ». Puis elle a déroulé sa démonstration : si une femme blanche grimée en noire ne devient pas noire, alors une femme trans ne devient pas une femme. Et, dans le même mouvement, elle a affirmé qu’Erika Hilton « prenait la place » d’ « une femme [cis] » à la tête de la commission.
Le blackface appartient à un vieux répertoire raciste, profondément ancré dans l’histoire culturelle du pays, où des artistes blanc·hes grimés ont longtemps tourné les Noir·es en caricature. Fabiana Bolsonaro a donc mis en scène une attaque à la fois raciste et transphobe contre Erika Hilton.
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Fabiana Bolsonaro prétend accomplir ce geste au nom de la défense des femmes et des personnes noires, en soutenant que les femmes trans ne pourraient pas comprendre les femmes cisgenres, pas plus que les personnes blanches ne pourraient comprendre les personnes noires. Sauf qu’elle ne sait évidemment rien de ce que signifie vivre comme femme noire, contrairement à Erika Hilton, qui en fait l’expérience dans sa chair. Pour rappel, le Brésil reste le pays qui tue le plus de personnes trans et travesties au monde, avec 80 assassinats recensés en 2025 selon l’Antra. Dans le même temps, 62,6 % des victimes de féminicide sont des femmes noires.
Une contre-attaque fracassante
Face à l’action de Fabiana Bolsonaro, des élu·es de gauche ont saisi l’organe disciplinaire de l’Assemblée de l’État de São Paulo, et l’une des plaintes, soutenue par 19 parlementaires, demande une sanction pouvant aller jusqu’à la perte du mandat de la députée. Le groupe féministe de l’Assemblée a aussi saisi le ministère public fédéral pour racisme et transphobie. Erika Hilton, de son côté, a ouvert un autre front en contestant devant la justice électorale l’autodéclaration raciale de Fabiana Bolsonaro : alors qu’elle s’est présentée comme blanche dans son discours transphobe, celle-ci s’était déclarée parda en 2022 — une catégorie officielle brésilienne d’auto-identification raciale, qu’on peut rapprocher, très grossièrement, d’une identité brune ou métisse — et avait ainsi bénéficié d’un financement public électoral destinée aux candidatures noires.
De quoi donner à l’affaire un tour supplémentaire : celle qui niait à Erika Hilton sa qualité de femme, se retrouve désormais soupçonnée d’avoir indûment capté une place réservé à d’autres. Ainsi, en voulant humilier la députée socialiste, Fabiana Bolsonaro lui a surtout donné l’occasion de sortir un contre-Uno. Et pendant que l’extrême droite s’emploie à rétrécir la définition de « femme », le Sénat brésilien a adopté le 24 mars, à l’unanimité, une loi intégrant la misogynie parmi les crimes de discrimination. Le texte doit encore passer à la Chambre, mais dans ses travaux préparatoires, le Sénat affirme explicitement que la protection s’applique à « toutes les acceptions du féminin », y compris aux personnes LGBTQIA+, avec mention expresse des femmes trans et des travesties. Dolls 1, fachos 0.
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