Hélène Trésore Transnationale : un bijou documentaire à chérir
Apolline Bazin
31 mars 2026
4 min.
Membre du F.H.A.R, première femme trans journaliste à Libération, activiste à Act Up, productrice pour Radio France : Hélène Hazera est un personnage incontournable de l’histoire culturelle et LGBTQ française. Elle se raconte dans un émouvant documentaire, férocement drôle et politique.
Hélène Hazera est une pionnière, mais il y a fort à parier que le titre un peu ronflant ne l’intéresse pas. À l’entendre critiquer l’impérialisme américain ou lire avec délice ses traits d’esprits au vitriol sur Facebook, on comprend vite qu’à plus de 70 piges, le conformisme et les discours doloristes ce n’est toujours pas son truc.
Les débuts n’ont pourtant pas été si faciles. Née dans une famille bourgeoise qui ne l’accepte pas, Hélène connaît très tôt les trottoirs et le travail du sexe. Toute jeune adulte, cette passionnée de cinema entre au Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire. C’est à son génie malicieux qu’on doit parmi les meilleurs slogans du F.H.A.R. comme « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous », et « Gauchistes, desserrez les fesses ». Elle chahute rapidement le sérieux militant en lançant aussi le groupe des « folles », les Gazolines avec d’autres personnes trans et travesties.
Viennent les années à Libération, ses chroniques truculentes sur la culture. Puis, il y a le sida qui décime ses collègues. Hélène Hazera y échappe de peu, fonde la commission Trans et sida d’Act Up. Après l’hécatombe de l’épidémie, Laure Adler a la bonne idée de la faire entrer Hélène à la télévision. Dans une France intoxiquée par les paniques morales transphobes et l’homonationalisme, il est assez jouissif de (re)découvrir Hélène Hazera à l’écran. Que ce soit pour la voir faire une critique sans pitié du livre, Le rose et le noir de Frédéric Martel en 1996 ; ou partager sa connaissance encyclopédique de la chanson française. Le capharnaüm de CDs et de livres sur la musique qui encombre son appartement encore aujourd’hui témoignent de sa mélomanie.
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Pas facile de résumer plus de cinquante ans d’engagements communautaires et culturels sans verser dans la nostalgie ou le millefeuille d’exploits façon Wikipedia. Là où les biopics tarte à la crème ou les documentaires télé ont tendance à figer l’esprit de leur sujet, en prenant le temps qu’il faut, le film de Judith Abitbol nous permet de rencontrer une personnalité toujours farouchement indépendante et malicieuse. Il est le fruit d’un travail de longue haleine, plus d’une décennie d’entretiens, de collectes d’archives et d’amitié bien sûr. Pourtant, le grain de l’image lui donne un caractère DIY et familier, rappelant les VHS d’archives familiales. Hélène Trésore Transnationale donne envie d’emmerder le monde pour le changer et de se battre pour partager les œuvres qui nous font vibrer. Merci Madame.
***
Hélène Trésore Transnationale de Judith Abitbol, 1h34
Sortie en salle le 1er avril
Membre du F.H.A.R, première femme trans journaliste à Libération, activiste à Act Up, productrice pour Radio France : Hélène Hazera est un personnage incontournable de l’histoire culturelle et LGBTQ française. Elle se raconte dans un émouvant documentaire, férocement drôle et politique.
Hélène Hazera est une pionnière, mais il y a fort à parier que le titre un peu ronflant ne l’intéresse pas. À l’entendre critiquer l’impérialisme américain ou lire avec délice ses traits d’esprits au vitriol sur Facebook, on comprend vite qu’à plus de 70 piges, le conformisme et les discours doloristes ce n’est toujours pas son truc.
Les débuts n’ont pourtant pas été si faciles. Née dans une famille bourgeoise qui ne l’accepte pas, Hélène connaît très tôt les trottoirs et le travail du sexe. Toute jeune adulte, cette passionnée de cinema entre au Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire. C’est à son génie malicieux qu’on doit parmi les meilleurs slogans du F.H.A.R. comme « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous », et « Gauchistes, desserrez les fesses ». Elle chahute rapidement le sérieux militant en lançant aussi le groupe des « folles », les Gazolines avec d’autres personnes trans et travesties.
Viennent les années à Libération, ses chroniques truculentes sur la culture. Puis, il y a le sida qui décime ses collègues. Hélène Hazera y échappe de peu, fonde la commission Trans et sida d’Act Up. Après l’hécatombe de l’épidémie, Laure Adler a la bonne idée de la faire entrer Hélène à la télévision. Dans une France intoxiquée par les paniques morales transphobes et l’homonationalisme, il est assez jouissif de (re)découvrir Hélène Hazera à l’écran. Que ce soit pour la voir faire une critique sans pitié du livre, Le rose et le noir de Frédéric Martel en 1996 ; ou partager sa connaissance encyclopédique de la chanson française. Le capharnaüm de CDs et de livres sur la musique qui encombre son appartement encore aujourd’hui témoignent de sa mélomanie.
Pas facile de résumer plus de cinquante ans d’engagements communautaires et culturels sans verser dans la nostalgie ou le millefeuille d’exploits façon Wikipedia. Là où les biopics tarte à la crème ou les documentaires télé ont tendance à figer l’esprit de leur sujet, en prenant le temps qu’il faut, le film de Judith Abitbol nous permet de rencontrer une personnalité toujours farouchement indépendante et malicieuse. Il est le fruit d’un travail de longue haleine, plus d’une décennie d’entretiens, de collectes d’archives et d’amitié bien sûr. Pourtant, le grain de l’image lui donne un caractère DIY et familier, rappelant les VHS d’archives familiales. Hélène Trésore Transnationale donne envie d’emmerder le monde pour le changer et de se battre pour partager les œuvres qui nous font vibrer. Merci Madame.
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Hélène Trésore Transnationale de Judith Abitbol, 1h34
Sortie en salle le 1er avril
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