8 mars férié : la fausse bonne idée de la CGT
Arya Meroni
20 avril 2026
3 min.

Vendredi 17 avril, Sophie Binet a proposé sur France 2 que le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, devienne un nouveau jour férié. En apparence, tout semble coller. Pourtant, à y regarder de plus près, il y a peut-être de meilleures propositions.
Depuis quelques semaines le gouvernement cherche à saper un peu plus les droits des travailleur·euses et à banaliser le travail le 1er mai, seul jour férié « obligatoire ». Après une levée de bouclier de l’ensemble des syndicats de salarié·e·s, Sébastien Lecornu rétropédale à moitié : seuls les fleuristes et les boulangers pourront exploiter leurs salarié·e·s ce jour-là. Forte de cette semi-victoire, la première secrétaire de la CGT passe à l’offensive, et propose donc un nouveau jour férié, le 8 mars. Sur le papier, l’idée est bonne : gagner du repos aux frais des patrons tout en rappelant qu’on n’est pas obligé de célébrer le Christ ou sa daronne quand on ne travaille pas. De surcroît, on commémorerait une journée de lutte féministe, ce qui serait une avancée symbolique indéniable dans un pays où on rend encore trop souvent hommage à des hommes violents.
Mais alors, qu’est-ce qui coince? Depuis une dizaine d’année, le 8 mars, c’est aussiune journée de grève féministe. Or pour les miltant·es cette modalité d’action est un atout précis qui serait rendu inopérant si la journée est chômée.
Rappelons rapidement que la puissance de la grève féministe a permis des victoires en terme de droits en Pologne, en Argentine, dans l’État Espagnol ou au Chili. Ce qui importe, dans le contexte français, ce n’est (malheureusement) pas qu’elle soit une stratégie de masse, car ce n’est pas (encore) le cas. L’intérêt tient plutôt dans la construction, sur le long court, d’un féminisme pour les 99% : ralier le mouvement féministe à un féminisme anticapitaliste et élargir la base sociale du mouvement féministe.
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En des termes peut-être plus compréhensible, l’intérêt de parler de la grève féministe, c’est de mettre l’outil de la grève au centre, avec toutes les questions que cela soulève : pourquoi parler de grève féministe ? En quoi les femmes et minorités de genre ont une place particulière dans le système capitaliste ? Est-ce qu’une grève féministe, c’est la même chose qu’une grève ?
Depuis une décennie, les mouvements féministes qui s’emparent de cette question popularisent les théories autour du travail de reproduction sociale, c’est-à-dire tout ce qui permet à la vie sociale d’avoir lieu (santé, éducation, faire à manger, s’occuper des autres, etc.) et qui est assigné aux femmes et minorités de genre. Un travail encore sous-payé, voire non rémunéré. La grève féministe, c’est donc aussi penser ce travail-là et comment le dénaturaliser et le prendre en charge collectivement : services publics, auto-gestion, etc.
En cela, le 8 mars n’est pas qu’une date organisée de manière routinisée tous les ans. Même si c’est aussi cela, le 8 mars a avant tout un caractère de pédagogie et de politisation, dans et hors du mouvement. Rendre ce jour ferié, c’est déposséder le féminisme d’un outil précieux pour la construction politique de long court. C’est aussi potentiellement offrir à l’État la possibilité de (re) dépolitiser le 8 mars, voire d’inverser la charge : après les discours natalistes, peut-être que les gouvernements néo-conservateurs qui se succèdent voudront célébrer le femme forte qui trime le jour et s’occupe des gosses le soir. Ne leur faisons pas ce cadeau.
Avoir de nouveaux jours fériés est pourtant une nécessité. et Sophie Binet a raison de rappeler cela. Alors, plutôt qu’enlever un jour de lutte, pourquoi ne pas réfléchir à ajouter une « célébration »? Commémorer nos mort·e·s et nos victoires ? Le 10 mai, journée d’abolition de l’esclavage, le 28 mai pour la Commune de Paris ? Et pourquoi pas le 17 janvier en référence à la légalisation de l’IVG en France ? Ou les trois? Cette dernière proposition semble maximaliste. Mais puisque le plan de base de la Macronie n’était pas d’accorder une sixième semaine de congés payés mais d’ouvrir Bricorama de 1er mai, rêvons. Et quitte à rêver, autant rêver jusqu’au bout.
Vendredi 17 avril, Sophie Binet a proposé sur France 2 que le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, devienne un nouveau jour férié. En apparence, tout semble coller. Pourtant, à y regarder de plus près, il y a peut-être de meilleures propositions.
Depuis quelques semaines le gouvernement cherche à saper un peu plus les droits des travailleur·euses et à banaliser le travail le 1er mai, seul jour férié « obligatoire ». Après une levée de bouclier de l’ensemble des syndicats de salarié·e·s, Sébastien Lecornu rétropédale à moitié : seuls les fleuristes et les boulangers pourront exploiter leurs salarié·e·s ce jour-là. Forte de cette semi-victoire, la première secrétaire de la CGT passe à l’offensive, et propose donc un nouveau jour férié, le 8 mars. Sur le papier, l’idée est bonne : gagner du repos aux frais des patrons tout en rappelant qu’on n’est pas obligé de célébrer le Christ ou sa daronne quand on ne travaille pas. De surcroît, on commémorerait une journée de lutte féministe, ce qui serait une avancée symbolique indéniable dans un pays où on rend encore trop souvent hommage à des hommes violents.
Mais alors, qu’est-ce qui coince? Depuis une dizaine d’année, le 8 mars, c’est aussiune journée de grève féministe. Or pour les miltant·es cette modalité d’action est un atout précis qui serait rendu inopérant si la journée est chômée.
Rappelons rapidement que la puissance de la grève féministe a permis des victoires en terme de droits en Pologne, en Argentine, dans l’État Espagnol ou au Chili. Ce qui importe, dans le contexte français, ce n’est (malheureusement) pas qu’elle soit une stratégie de masse, car ce n’est pas (encore) le cas. L’intérêt tient plutôt dans la construction, sur le long court, d’un féminisme pour les 99% : ralier le mouvement féministe à un féminisme anticapitaliste et élargir la base sociale du mouvement féministe.
En des termes peut-être plus compréhensible, l’intérêt de parler de la grève féministe, c’est de mettre l’outil de la grève au centre, avec toutes les questions que cela soulève : pourquoi parler de grève féministe ? En quoi les femmes et minorités de genre ont une place particulière dans le système capitaliste ? Est-ce qu’une grève féministe, c’est la même chose qu’une grève ?
Depuis une décennie, les mouvements féministes qui s’emparent de cette question popularisent les théories autour du travail de reproduction sociale, c’est-à-dire tout ce qui permet à la vie sociale d’avoir lieu (santé, éducation, faire à manger, s’occuper des autres, etc.) et qui est assigné aux femmes et minorités de genre. Un travail encore sous-payé, voire non rémunéré. La grève féministe, c’est donc aussi penser ce travail-là et comment le dénaturaliser et le prendre en charge collectivement : services publics, auto-gestion, etc.
En cela, le 8 mars n’est pas qu’une date organisée de manière routinisée tous les ans. Même si c’est aussi cela, le 8 mars a avant tout un caractère de pédagogie et de politisation, dans et hors du mouvement. Rendre ce jour ferié, c’est déposséder le féminisme d’un outil précieux pour la construction politique de long court. C’est aussi potentiellement offrir à l’État la possibilité de (re) dépolitiser le 8 mars, voire d’inverser la charge : après les discours natalistes, peut-être que les gouvernements néo-conservateurs qui se succèdent voudront célébrer le femme forte qui trime le jour et s’occupe des gosses le soir. Ne leur faisons pas ce cadeau.
Avoir de nouveaux jours fériés est pourtant une nécessité. et Sophie Binet a raison de rappeler cela. Alors, plutôt qu’enlever un jour de lutte, pourquoi ne pas réfléchir à ajouter une « célébration »? Commémorer nos mort·e·s et nos victoires ? Le 10 mai, journée d’abolition de l’esclavage, le 28 mai pour la Commune de Paris ? Et pourquoi pas le 17 janvier en référence à la légalisation de l’IVG en France ? Ou les trois? Cette dernière proposition semble maximaliste. Mais puisque le plan de base de la Macronie n’était pas d’accorder une sixième semaine de congés payés mais d’ouvrir Bricorama de 1er mai, rêvons. Et quitte à rêver, autant rêver jusqu’au bout.
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